Elle est censée être une pharmacie de garde pour répondre à toutes sortes d’urgences. Sauf que l’officine de la Porte de Vincennes est ouverte en permanence. Et à tous les vents…

La pénombre vient tout juste d’envelopper les façades des immeubles. Il n’est pas loin de vingt heures, au rond-point de la Porte de Vincennes et les néons de la pharmacie de garde déchirent maintenant la nuit.


Le quartier est passé en mode veilleuse quand l’officine s’active progressivement. A l’intérieur, Mamadou n’en revient toujours pas. « C’est tout Paris ça, on ne verrait jamais ça en Province ». Mamadou, 28 ans, a deux ans de vécu sur place. Et le pharmacien se fait encore difficilement aux usages du quartier.

Il est maintenant un peu plus de vingt-deux heures. Le magasin ne désemplit pas. Pour un spray contre le rhume, une boîte de vitamines, un tube d’aspirine… « Ils auraient pu aller acheter tout ça dans la journée », soupire Mamadou. « Ce sont des personnes plutôt mal organisées qui se retrouvent fatalement dans l’urgence ».

Et cette urgence, qui n’en est pas une, se décline en un va-et-vient nocturne, au point que la clientèle stationne en double-file. On pousse la porte en premier lieu pour des antidouleurs, pour des troubles digestifs, et même pour du lait maternel… Urgence, on vous dit.

Karim, un habitué, justifie son créneau horaire : « Il y a beaucoup moins de monde que la journée », explique ce quadra. Et je suis sûr qu’elle est ouverte quelle que soit l’heure. » Une cliente qui vient d’arriver sur place emboîte le pas : «j’habite dans le 93 et je suis venue pour une urgence concernant mon enfant. Je préfère venir ici, car le quartier est beaucoup plus rassurant ».



SOS pour les urgences

Mamadou, flanqué de trois collègues, s’affairent à tout va. Un rythme effréné qu’ils ont choisi. « C’est une autre ambiance, il y a plus de monde, plus de cas intéressants », s’enthousiasme t-il alors. On se sent tout de suite plus utile ».

Au vu du flux ininterrompu jusqu’aux abords de minuit, deux caisses se répartissent la file d’attente. Celle dévolue à la clientèle munie d’une ordonnance est continuellement prise d’assaut quand l’autre, dédiée aux demandes express, sonne le creux.

Un pharmacien de garde ne vit pas les mêmes choses que son confrère d’une officine classique. Comme si la nuit désinhibait les mœurs, Il doit faire face aux agressions verbales de clients mécontents, à celles des impatients, et même aux toxicomanes sevrés, à la recherche désespérée d’une « dose » pour obtenir « leur dose ». Mais pas seulement. «  Un jour, un mec m’a ramené un morpion dans un bocal pour m’expliquer qu’il sortait de ses poils pubiens ». Bienvenue dans l’urgence.

Angela, 24/24, 7/7…

Elle fait presque partie du paysage de la pharmacie. Originaire de Roumanie, Angela, quarante-deux ans, et Ionutz, son fils de douze ans, sont en France depuis maintenant quatre ans. À proximité de l’officine, ils sont allongés sur leur matelas. Ionutz est caché sous une couverture. Fatigué, il voudrait dormir. Sa mère, reste éveillée en espérant pouvoir récolter quelques euros.

Le vigile de la pharmacie vient leur parler durant ses pauses. Des clients prennent le temps de venir les saluer, de leur donner une piécette, avant de rejoindre leur véhicule garé en double file. Angela, elle, joue double jeu : à l’étranger qui s’approche, elle préfère se prénommer Katarina.


Héloïse Kane, Inès Jaurena et Maxime Pauty