À la veille de l’ouverture de la Foire du Trône, Métropolit’1 s’est glissé dans le monde lunaire de son installation.

Le calme avant la tempête. Sous un ciel gris et bas, la Foire du Trône est loin d’être à la fête. A vingt-quatre heures de son ouverture au public, l’espace n’est encore qu’un vaste chantier. Toujours pas de grande roue, de train-fantôme ou de pommes d’amour, mais plutôt  des camions, des cartons, des chiffons… Entre voitures de luxe et remorques, les allées ne sont toujours qu’un fatras de tôles et de caisses déchargées.

Sur l’un des premiers stands, côté porte principale, voilà Sylvie. La quarantaine fatiguée, la chevelure rousse en bataille, elle accroche mécaniquement des peluches sur l’une des parois de son véhicule sur cale, et n’est pas d’abord facile. « On est trop occupés pour vous répondre, là. » Et de se retourner, avec un Mickey dans les mains, à chercher l’étagère qui le supportera pendant huit semaines.

Entre des manèges encore en kits et des travées encombrées, un petit garçon joue près d’un futur stand de tir. Il n’a pas 8 ans, passe de sa trottinette à des figurines en plastique qu’il malaxe de ses mains. Dans ce qui sera tout à l’heure l’une des foires les plus courues d’Europe, l’une des plus spectaculaires aussi, le rejeton d’un forain préfère le petit monde de son imaginaire.

Plus loin, nous croisons Eric. Armé d’un ruban adhésif, il s’affaire sur un câble électrique qui glisse sous les jupes métalliques de son manège. L’homme, la cinquantaine robuste, a le visage marqué de ceux qui ont roulé leur bosse, de ville en ville, de foire en foire, de câble en câble. Pas question non plus de trop l’approcher. Le voilà qui bande le câble comme le ferait un infirmier de la Grande Guerre ; les questions de sécurité viendront plus tard.

Difficile d’imaginer que l’endroit sera tout prochainement une fête de cris, de bruits et de lumières crues ; que les attractions qui font fureur – les Skyfall, Star Flyer, Rock and Roll, Power Max – vont soulever les foules, les ventres, les émotions fortes. C’est aussi la magie de ce théâtre ambulant : prendre vie sur ce qui ne sont alors que des décombres.

Fanta Keita et Bruno Mourniac